Salvador le 19 février 2006

 

Aujourd’hui dimanche nous décidons d’aller au centre ville et plus particulièrement au centre historique, connu aussi sous le nom de Pelourinho (Le Pelourinho est en fait la place centrale du quartier historique où les esclaves qui avaient commis quelconque larcin était exposé et fouetté, mis au « piloris »). En une heure de bus pour 1,60 reais. Certains bus suivent le bord de mer « la Orla » jusqu’à Barra, d’autres vont par l’intérieur de la ville, passant par le grand shopping d’Iguatemi et la « Rodoviària » (gare routière). On atteint le centre ville, soit par le port, près du Mercado Modelo, très fréquenté par les touristes en quête de produits artisanaux et de souvenirs de toutes sortes. De là, l’ascenseur nous monte pour cinq centimes au Bairro Alto, à la place municipale, entrée du centre historique. Soit par le centre, en prenant un bus pour la Praça da Sé, qui conduit directement au Bairro Alto près de l’hôtel Chile où nous séjournions à nos autres voyages, tout près de cette même place municipale.

Cette visite dimanche au centre historique a été pour nous les prémisses du carnaval.

préparation du carnaval

Quand nous arrivons par le bus, nous traversons les quartiers où vont passer les défilés et où se construisent toutes les structures, « camarotes », « mirantes » où se tiendront les participants, les spectateurs, les services de sécurité... C’est une vraie ville qui se construit. Structures métalliques, panneaux de bois, les trottoirs sont inaccessibles aux piétons. Une « camarote » est une structure complètement fermée et équipée de tout ce dont un parfait « folião » (personne qui assiste au carnaval !) peut avoir besoin pendant cinq jours continus de carnaval, sans qu’il soit besoin de sortir de là ! coiffeur, maquilleur, lieux de repos, , restauration et boissons fraîches, Internet ….

En contraste, le Pelourinho est quasi désert. Quelques touristes en profitent, dont nous. Les rues et places sont toutes décorées pour le carnaval, véritables œuvres d’art : personnages géants costumés qui ouvrent le bal ; un orchestre de jazz, brillant de strass et de paillettes, avec une chanteuse à la « Billy Holliday” sur scène ! personnages variés et paillettés accrochés aux balcons tout autour de la place ! On déambule dans le quartier, profitant de la tranquillité pour acheter cartes postales et souvenirs et faire une quantité de photos.

Sur la place du Pelourinho, une « baiana » géante au pied de la fondation Jorge Amado, toute habillée de dentelles blanches et qui dit « Je t’aime » en différentes langues !

Devant, une équipe de télévision est en train d’installer projecteurs et caméras. Nous nous renseignons : ils sont en train de tourner un film publicitaire sur Salvador. Voulez-vous participer ? nous disent-ils. Bien sûr. On nous maquille, on nous prépare, on nous fait signer une décharge, il paraît que ça passera sur toutes les chaînes après le carnaval ! Nous observons les premiers participants qui passent un par un, devant un panneau décoré de rubans de Nosso Senhor do Bonfim, emblème de Salvador, de toutes les couleurs. Il suffit de sourire et de faire des grands signes d’amitié ! ce n’est pas difficile ! c’est à notre tour, on nous installe tous les deux enlacés et nous jouons à la perfection nos rôles de touristes émerveillés par Salvador ! Nous voilà immortalisés et sans doute bientôt fameux ! Dominique a pu exhiber son nouveau sourire de star !

A quatre heures de l’après-midi nous nous offrons un kilo restaurant à l’étage de la « cantina da lua », sur la place centrale et de là nous dominons tous les aller et venues dans le quartier. La foule s’est gonflée depuis notre arrivée. La terrasse d’en bas est remplie de touristes et un orchestre cubain se met à jouer des salsa, ça change du samba, mais du moment que ça balance tout le monde se met à danser dans la rue. Quelle ambiance !

En fin d’après-midi, nous reprenons le bus du retour qui nous ramène par l’arrière ville, quand le « Barrio Alto » et ses nombreuses églises sont tout illuminés par les derniers rayons rasants du soleil couchant. Quel spectacle ! Même les ruines ressortent palais ! Le bus passe près du stade de football juste à la sortie du match de l’après-midi, vue la foule qui se précipite vers les bus. En plus l’équipe de Salvador a gagné, vue l’excitation et le bonheur des supporters !

La nuit tombe très vite et nous arrivons à nos pénates par une nuit déjà avancée, épuisés, exténués !

 

Lundi 20

Repos ! Je vais au cybercafé faire graver les plus de 300 photos que j’ai déjà faites depuis notre arrivée à Salvador, ça me permet de libérer la carte mémoire qui fait quand même 1 giga !

Une bière sur la plage de Placaford, un taboulé au Habib’s, puis les telenovelas à la pousada ! L’heure d’hiver est revenue au Brésil, Salvador n’a pas changé d’heure, mais Brasilia et le Sud ont reculé d’une heure et les programmes de télévision nationale ont donc aussi reculé. Détail important puisque ce changement nous libère une heure de plus en fin d’après-midi pour profiter de la plage !

 

Mardi 21

Nous partons de bonne heure à la plage du « Farol d’Itapuã ». Il faut marcher beaucoup, mais l’endroit est plus tranquille, moins sophistiquée que Placaford et en allant assez loin, l’eau est propre. Quand la mer se retire, il se forme de nombreuses piscines dans les rochers où les gens s’installent assis de l’eau jusqu’au cou, au milieu de nombreux petits poissons, style Némo, rayés aux reflets bleus, jaunes et noirs ! ou quand la mer est suffisamment basse, assis à une table, sous un parasol, les pieds dans l’eau, à savourer une bière en mangeant des « lambretas » (sorte de palourdes un peu plus caoutchouteuses et moins savouveuses) ou des « caranguejos » (petits crabes, genre étrilles) !

Pour arriver jusqu’à ce paradis, il nous faut endurer une marche d’au moins quatre kilomètres. Le soleil cogne de bon matin, et je me sens brûlée malgré la crème solaire dont je me suis pommadée avant de sortir. On traverse le centre d’Itapuã, traversée périlleuse tant le trafic est intense, bus, taxis, voitures. C’est une des routes conduisant à l’aéroport ! Ensuite nous suivons la plage, sur encore deux bons kilomètres, les pieds s’enfonçant dans le sable brûlant ! c’est paraît-il bon pour la voûte plantaire, mais que c’est fatigant. La sueur dégouline, nous avons l’impression de fondre, il ne restera bientôt plus que les os ! Tout cela pour vous décrire la souffrance endurée, mais quand nous découvrons un petit coin sympa à l’ombre de cocotiers, avec en fond une musique pas trop agressive et bien balancée et que le serveur dépose sur la table une petite « cervejinha » bien « geladinha », on oublie vite tout ce que l’on a enduré ! Le paradis !

Nous y avons passé la journée et au soleil couchant nous sommes revenus par la plage, les pieds dans l’eau, jusqu’au niveau de la pousada !

 

Mercredi 22

Itaparica

Nous lançons une excursion dans l’île d’Itaparica, dans la baie de tous les saints. C’est une véritable expédition depuis Itapuã qui se trouve sur la côte atlantique en dehors de la baie. Il faut prendre le bus pour aller au terminal França au Mercado Modela, trajet que nous connaissons bien . puis de là, au port, nous prenons un bateau pour Mar Grande. En cette veille de carnaval, il y a beaucoup de monde partant sur l’île pour y passer les congés du carnaval. Il semble que le chargement du bateau ne s’arrêtera pas. Certains viennent avec tout leur mobilier : téléviseurs, ventilateurs, glacières, … ! Quarante cinq minutes de traversée. Assaillis à l’arrivée par les taxis et les combis qui font la retape et nous annoncent leur destination. Nous avons repéré sur la carte avant de partir la plage de Penha où nous étions déjà allés en vélo il y a quelques années. Un combi nous dit qu’il y passe. On se serre le plus possible dans la vieille ferraille. Il fait une chaleur étouffante, pendant les quelques kilomètres que nous faisons, nous dégoulinons une fois de plus ! La combi dépose ses clients ici ou là et à un carrefour, le chauffeur nous dit que nous sommes à Penha : c’est tout près par là, nous dit-il. Nous descendons et sous le cagnat nous commençons notre marche. Le soleil est au zénith et malgré la végétation fournie, l’ombre est dure à trouver. Chaque fois que nous demandons la route, on nous répond : c’est là tout près. Nous rejoignons enfin la côte et nous marchons, marchons, dans le sable. Nous passons la petite chapelle de Nossa Senhora da Penha. Nous recherchons un endroit où nous avions passé une après-midi en 2000 sous la paillote d’un économiste écrivain italien qui nous avait servi une muqueca de poisson préparé par sa femme brésilienne ! Il construisait sa maison tout près. Nous marchons, marchons, deux, trois, quatre kilomètres qui paraissent sans fin et surtout sans ombre. Pas de paillote à l’horizon. Par contre la plage est agréable, sauvage, tranquille, très différente de celles de la côte atlantique, très organisées, où il est impossible de s’installer sans consommer. Le sable est beaucoup plus blanc et plus fin et le mouvement de la mer bien plus calme. Quelques baigneurs et chiens se rafraîchissent dans l’eau ! Des villas tout le long de la plage. C’est ici que nous pourrions chercher une location pour l’année prochaine ! Nous trouvons enfin quelques tables, chaises, parasols autour d’une petite construction en dur, mais pas de paillote. Je reconnais l’endroit mais pas la paillote de l’Italien. Nous nous installons quand même, car il est urgent de se réhydrater ! Dominique va prospecter un peu plus loin et retrouve la paillote recherchée, mais sans l’Italien qui a vendu ! Les choses bougent beaucoup par ici ! C’est maintenant un Espagnol qui tient boutique et les consommations sont plus chères que où nous sommes ! Donc nous y restons. Nous n’aurons pas de « muqueca », mais un poisson grillé qui ne sera pas plus qu’un « tira-gosta » (amuse-gueule). Nous devrons rester sur notre faim ! Comme quoi, il ne faut pas revenir sur des lieux de souvenirs !

Mais au moins nous sommes installés (mal) à l’ombre. Le bain est un délice, l’eau est chaude, transparente, la pollution est quasi nulle. La ville de Salvador en fond du décor ! C’est bien le lieu de rêve que nous recherchions, malgré le repas médiocre que nous y avons trouvé !

Nous repartons vers Mar Grande à pied, à une heure déjà plus ombragée, mais encore chaude. Après deux ou trois kilomètres, alors que Dominique s’apprête à nous faire monter chacun sur une moto-taxi, une combi arrive et nous ramène au port. Nous reprenons bateau, bus. Le retour du port vers Itapuã prend des lustres, car le trafic est très engorgé, rendu difficile par les travaux d’installation du carnaval. Le circuit des bus est très perturbé et nous avons longtemps l’impression de tourner en rond au centre, dans le quartier de « Campo Grande » où vont passer la majorité des défilés ! La nuit tombe, nous mettrons plus d’une heure et demie pour retrouver notre quartier, épuisés et affamés. J’aurai du mal à garder les yeux ouverts pour regarder « Bellissima » !

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